Archive for category Ressources Humaines

Les champions de l’innovation technologique

Il aura beaucoup été dit et répété que l’augmentation de la turbulence, de la complexité et de la concurrence que subissent les entreprises dans leurs environnements d’affaires fait de leur capacité à identifier, évaluer et adopter les innovations technologiques un déterminant critique de leur productivité, compétitivité et finalement, de leur survie.

Ce constat est formulé (entre autres) par J.M Howell et C.A. Higgins dans un papier de 1990 (‘Champions of Technological Innovation’, Administrative Science Quaterly). Ils notent cependant que le rôle des individus, bien qu’il eut été identifié dans la littérature, n’a à leur sens pas été clairement établi. Ils explicitent les différents manques méthodologiques des études précédentes, avant de chercher à analyser trois variables potentiellement explicatives de l’émergence de ces champions :

  1. Les caractéristiques personnelles : besoin de réalisation (‘achievment‘) , propension à la prise de risque (‘risk taking‘), persuasion (‘persuasiveness‘), opiniâtreté (‘persistence‘), capacité d’innovation (‘innovativeness‘).
  2. Le leadership transformationnel (‘transformational leadership‘) : charisme (‘charisma‘), capacité à inspirer les autres (‘inspiration‘), capacité à stimuler intellectuellement (‘intellectual stimulation‘), considération individuelle.
  3. Les stratégies d’influence (‘influence tactics‘) : fréquence (‘frequency‘) et variété (‘variety‘).

Par ailleurs, cinq rôles spécifiques de l’innovation technologique sont distingués afin d’apporter de la clarté à leur étude :

  1. Les interfaces (‘gatekeepers‘) dont le rôle est d’acquérir, transformer et redistribuer au sein de l’organisation les connaissances extérieures.
  2. Les champions de projet (‘project champions‘) qui distillent et font la promotion d’idées nouvelles.
  3. Les innovateurs d’affaire (‘business innovators‘) qui fournissent le support et les ressources nécessaires à l’innovation, tout en la protégeant des interférences de l’organisation.
  4. Les innovateurs techniques (‘technical innovators‘) conçoivent et développent les innovations technologiques.
  5. Les utilisateurs privilégiés (‘user champions‘) mettent en œuvre l’innovation en formant et fournissant de l’aide aux autres utilisateurs.

Model of Emergence of Technological Champions

Six hypothèses sont formulées sur les différences entre les champions et les non-champions de l’innovation technologique.

Hypothèse n°1 : ‘Les champions démontrent plus de comportements de leadership transformationnel (comme défini plus haut) que les non-champions’.

Hypothèse n°2 : ‘Les champions mettent plus souvent en œuvre les caractéristiques personnelles définie plus haut que les non-champions’.

Hypothèse n°3-4-5 : ”Les variables appartenant aux trois champs définis (caractéristiques personnelles, leadership transformationnel et stratégies d’influence) sont plus positivement corrélées pour les champions que pour les non-champions’.

Hypothèse n°6 : ‘Les champions cherchent à influencer de manière plus fréquente et variée que les non-champions’.

Les résultats de l’étude corroborent ces hypothèses.

Contribution

Howell, J.M & C.A. Higgins, (1990), ‘Champions of Technological Innovation’, Administrative Science Quaterly, 35, pp 317-341

,

No Comments

Le vrai job des leaders

La demande de leadership se fait de plus en plus présente pour toutes les personnes réalisant des activités d’encadrement. Cependant, le leadership n’est pas une notion clairement balisée et uniforme pour tout le monde.

D’après J.P. Kotter, le leadership est différent du management. Les leaders ne font pas de plans, ne résolvent pas de problèmes et ne s’occupent même pas d’organisation. Leur métier fondamental est de préparer les organisations et leurs membres au changement, et de les accompagner. Par contraste, le management s’occupe de gérer la complexité.

Il distingue trois dimensions qui permettent de séparer les activités de management de celles de leadership :

  1. Alors que le management gère la complexité par des processus de planification et de budgétisation, le leadership se doit de définir une direction, c’est-à-dire de développer une vision pour le futur et les stratégies pour conduire le changement.
  2. Le management créé la capacité à atteindre les objectifs par l’organisation et le “staffing” (la gestion des bons profils pour les bonnes missions), alors que le leadership cherche à aligner les collaborateurs sur la vision d’entreprise (via la communication et l’implication).
  3. Enfin, le management assure l’accomplissement des objectifs par le contrôle et la résolution des problèmes. Le leadership a lui pour vocation de concrétiser la vision en motivant et en inspirant les collaborateurs.

Les compétences requises sont bien entendu totalement différentes. L’auteur précise que le leadership n’est pas supérieur au management, l’inverse étant également vrai. A chaque situation dépend un mode préférentiel. Une organisation doit développer à part égale des managers et des leaders, et ce à tous les niveaux. Mettre en oeuvre une culture mixte de complémentarité est probablement l’une des plus grandes réalisations que peut atteindre une entreprise.

Contribution

Kotter, J.P. (1990), ‘What Leaders Really Do’, Harvard Business Review, 68(3), pp 103-111.

,

No Comments

Coacher les “Alphas”

Une certaine proportion des équipes dirigeantes est constituée de personnes dont les capacités intellectuelles sont très développées mais qui peuvent manquer de tact, c’est-à-dire d’une capacité à travailler harmonieusement avec leurs collaborateurs (voir D. Goleman, “L’intelligence émotionnelle”). A mesure que ces personnalités gravissent les échelons de leurs entreprises, ce manque de tact devient de plus en plus générateur de problèmes, et la force des “Alphas” (Ce terme très mal choisi nous renvoie beaucoup trop au Meilleur des Mondes de A. Huxley et à l’idée de hiérarchisation des personnes pour s’en tirer sans guillemets) se transforme en faiblesse.

K. Ludeman et E. Erlandson postulent que ces personnes ont besoin d’être coachés d’une manière particulière, adaptée à leur personnalité, pour atteindre les postes de direction. Après avoir identifié certains traits de caractères des “Alphas”, et constaté qu’il s’agit d’un problème essentiellement masculin, les auteurs formalisent les comportements positifs pour l’organisation qui peuvent présenter des risques :

  1. La confiance en soi et en ses opinions.
  2. L’intelligence.
  3. L’orientation vers l’action.
  4. Le haut degré d’exigence pour lui et les autres.
  5. Le style de communication direct.
  6. La discipline.
  7. L’impassibilité.

CoachingAlphas_01

Du fait de ces traits de personnalités, le coaching de cette population doit éviter certains écueils, notamment en termes de comportement (le coach doit être crédible pour cette population exigeante) et de communication (le travail porte sur le relationnel et doit inclure les collaborateurs). Les auteurs distinguent cinq points de passage obligé pour le coaching :

  1. Obtenir l’attention de la personne (avec des données concrètes issues d’entretien 360°).
  2. Demander son engagement.
  3. Parler son langage.
  4. Lui présenter la situation suffisamment durement pour la blesser.
  5. Éveiller sa curiosité et son instinct de compétition.

Le coaché doit pour sa part accepter de passer par cinq étapes :

  1. Admettre ses faiblesses et vulnérabilités (ce qui a en général un impact positif sur les collaborateurs).
  2. Accepter d’être responsable d’une partie de la performance de ses collaborateurs (notamment du fait de son comportement).
  3. Accepter et canaliser ses émotions.
  4. Équilibrer les feedbacks positifs et négatifs faits à ses collaborateurs.
  5. Prendre conscience de ses habitudes comportementales.

C’est à ces conditions que les “Alphas” pourront exprimer pleinement leur potentiel et établir des relations harmonieuses avec leurs collaborateurs. Si l’on en croit les auteurs, le jeu en vaudrait la chandelle …

Contribution

Ludeman K & E. Erlandson, (2004), Coaching the Alpha, Harvard Business Review, Vol. 82, n°5, pp 58-67.

,

No Comments

Conduire le changement

Le changement est désormais une donnée constante du monde des affaires tel qu’il se dessine aujourd’hui. Malheureusement, ce dernier est souvent très mal géré dans les entreprises et derrière les plus grandes intentions se déroulent les plus grandes désillusions.

J. Kotter est un des spécialistes de la gestion du changement. Dans l’une de ses plus grandes contributions, “Leading Change“, ce dernier postule que les leaders qui réussissent le pari du changement entreprennent systématiquement huit actions, dans l’ordre, en évitant les pièges associés à ces huit actions (“pitfalls“) :

  1. Mettre en place un sentiment d’urgence (“Establish a Sense of Urgency“).
  2. Fédérer un groupe soudé et ayant les moyens d’agir (“Forming a Powerful Guiding Coalition“).
  3. Créer une vision (“Creating a Vision“).
  4. Communiquer la vision (“Communicating the Vision“).
  5. Permettre aux collaborateurs d’agir en cohérence avec la vision développée (“Empowering Others to Act on the Vision“).
  6. Planifier et atteindre des succès partiels ou à court terme (“Planning for and Creating Short-Term Wins“).
  7. Pérenniser les changements et encourager encore plus de changements (“Consolidating Improvements and Producing Still More Change“).
  8. Institutionnaliser les nouvelles approches (“Institutionalizing New Approaches“).

LeadingChange_01

Ce schéma permet ainsi de comprendre la difficulté du processus de changement. Un échec sur l’une de ces huit dimensions peut remettre en cause l’intégralité des actions entreprises auparavant. C’est justement de la cohérence de cette enchaînement et de la pertinence de toutes les actions intermédiaires que naît la possibilité de succès du changement organisationnel.

Contribution

J.Kotter, (2007), Leading Change : Why Transformations Efforts Fail, Harvard Business Review, Vol 12., n°1.

,

No Comments

L’intelligence émotionnelle

Le concept d’intelligence émotionnelle est né en même temps que l’intelligence “traditionnelle”, celle de la logique et du raisonnement, a été incapable d’expliquer à elle seule les raisons du succès ou de l’échec de l’action d’une personne dans une organisation. Chacun a déjà vécu une situation ou une personne très compétente sur sa technique a subit un revers dans son travail.

C’est à D. Goleman que l’on doit l’expression d’intelligence émotionnelle (“emotionnal intelligence“) dans un livre du même nom en 1995. D’après lui, les qualités traditionnellement associées au leadership comme l’intelligence, la détermination ou la capacité à développer une vision, sont nécessaires mais non suffisantes. Il distingue cinq aptitudes supplémentaires qui différencient les vrais leaders : la conscience de soi (“self-awareness“), la maîtrise de soi (“self-regulation“), la motivation (“motivation“), l’empathie (“empathy“) et la sociabilité (“social skill“). D. Goleman analyse chacun de ses facteurs dans le contexte de l’entreprise en montrant comment ils se manifestent et comment ils peuvent apporter une valeur à l’entreprise.

Mesurer l’intelligence émotionnelle

L’auteur fonde son raisonnement sur l’analyse de 188 modèles de compétences de grandes entreprises. Il regroupe ces compétences en trois catégories : les compétences purement techniques, les compétences cognitives et enfin, les compétences faisant preuve d’intelligence émotionnelle (comme le travail de groupe). Les résultats de l’analysent tendent à prouver que l’intelligence émotionnelle est deux fois plus importante que les autres facteurs dans l’atteinte de la haute performance, et ce à tous les niveaux. L’auteur s’applique alors à détailler chacune des cinq dimensions.

Whatmakesleader_01

1- La conscience de soi

Cette idée reprend les grandes lignes du connaît-toi toi-même socratique (et certains autres auteurs, voir par exemple P.Drucker, Managing Oneself). La conscience de soi (“self-awareness”) requiert d’acquérir une connaissance approfondie de ses émotions, forces, faiblesses, besoins et raisons d’agir. D. Goleman explique que les personnes ayant conscience d’eux-mêmes sont capables de :

  • reconnaître les sentiments qui les affectent ou affectent les autres.
  • se comporter honnêtement envers eux-mêmes et les autres.
  • faire preuve d’auto-dérision.
  • reconnaître leurs forces et leurs faiblesses.
  • critiquer de manière constructive.
  • se faire confiance (“self-confidence”).
  • prendre des risques calculés (donc acceptables).

2- La maîtrise de soi

Les mécanismes biologiques influencent le comportement des individus. Il est impossible de s’en libérer, mais l’on peut apprendre à les réguler. D. Goleman explique que les personnes faisant preuve de maîtrise d’elles-mêmes (“self-regulation”) ressentent des baisses de moral ou des tensions émotionnelles comme tout le monde, mais arrivent à développer des stratégies et des comportements pour les contrôler et même les utiliser de manière utile. L’exemple donné par l’auteur est classique : comment un manager émotionnellement affecté par la non-atteinte des objectifs peut réagir devant ses équipes ? La maîtrise de soi plaide en faveur de l’analyse des raisons de l’échec, une formulation du problème, l’examen des options permettant de le solutionner et la décision d’un plan d’actions correctives. Il existe deux avantages à faire preuve de maîtrise de soi : cela permet de créer un environnement de confiance libéré d’une tension inutile d’une part (l’environnement d’affaires est déjà suffisamment créateur de turbulences pour ne pas en rajouter), donc de limiter les sentiments négatifs en chaîne qui se propagent dans toute l’organisation, et d’autre part de composer plus efficacement avec le changement.

Pour l’auteur, les éléments visibles de la maîtrise de soi sont la propension à la réflexion et la bienveillance (“thoughtfulness“), la capacité à accepter l’ambiguïté et le changement (“confort with ambiguity and change“) et l’intégrité qui consiste à résister à ses impulsions.

3- La motivation

Un autre trait de caractère des leaders mis en avant par D. Goleman dans cette contribution est la volonté de réussir au-delà de toutes les espérances (“achieve beyond expectations“). Les leaders potentiels sont beaucoup plus motivés par le challenge et la réalisation en elle-même que par des facteurs externes. On les reconnait à leur passion pour le travail en lui-même, leur recherche de challenge nouveaux, leur passion d’apprendre, leur satisfaction du travail bien fait et leur énergie inépuisable à améliorer les choses. Les leaders semblent ne jamais s’accommoder du status quo, questionnent en permanence la manière dont les tâches sont réalisées et sont volontaires pour développer de nouvelles méthodes ou explorer de nouveaux paradigmes.

De plus, ces personnalités cherchent systématiquement à augmenter leur exigence de performance, et sont donc moteurs de tous les projets consistant à mesurer et suivre les résultats obtenus. Elles ont également tendance à rester optimistes même quand l’environnement semble leur être défavorable. Par ailleurs, leur implication pour l’organisation est forte : il est donc indispensable de favoriser l’identification à l’entreprise de ces personnes dans la mesure ou elles ont tendance à communiquer leur soif de réussite et à inspirer les autres. D. Goleman conclut sur cette dimension que l’optimisme et l’attachement à l’organisation sont fondamentaux pour le leadership. (“optimism and organizational commitment are fundamental to leadership“).

4- L’empathie

L’empathie ne consiste pas à faire siennes les émotions ressenties par ses collaborateurs ou à chercher à contenter tout le monde. L’empathie consiste plutôt à intégrer les émotions ressenties par ses collaborateurs dans le processus décisionnel (à part égale avec d’autres facteurs). L’auteur distingue trois raisons pour lesquelles l’empathie est importante : l’augmentation croissante du travail en équipe, le multiculturalisme et la globalisation, et enfin la nécessité croissante d’attirer et de retenir les talents. L’empathie participe alors d’une capacité à agréger les individus à une organisation plus solidement que par le seul lien contractuel du contrat de travail.

5- La sociabilité

La sociabilité regroupe tout ce qui permet à un individu d’établir des connexions avec les autres. Partant du principe que rien ne peut être fait tout seul, le leader va chercher à mettre les quatre dimensions précédemment décrites (conscience et maîtrise de soi, motivation et empathie) en action afin de disposer en temps utile des soutiens dont il aura besoin pour mener à bien sa mission. Rejoignant l’idée de délégation informelle, le travail du leader est de faire en sorte qu’une partie du travail soit correctement effectuée par d’autres.

L’auteur suggère que le fait d’établir des connexions à travers l’ensemble d’une organisation, même et surtout avec des personnes qui n’ont aucun lien direct avec sa mission (personnes d’autres départements, services, niveaux hiérarchiques, personnes externes à l’entreprise) , est loin d’être une perte de temps. Il se trouvera toujours un jour ou ces liens pourront être activés et créer de la valeur.

D. Goleman conclut sur l’importance de l’intelligence émotionnelle au travail. Il examine comment cette capacité essentielle peut se développer (via le coaching et le feed-back notamment), et précise que même si cela prend du temps, le jeu en vaut la chandelle (“the benefits that come from having a well-developed emotional intelligence [...] make it worth the effort“)

Contribution

D. Goleman, Janvier 2004, What Makes a Leader, Harvard Business Review, Vol. 82, n°1, pp 82-91.

,

2 Comments

Se connaître soi-même

Le système des relations professionnelles est en profonde mutation depuis une cinquantaine d’années, notamment du fait (est-il besoin d’y revenir) de la globalisation, de la dérèglementation, de l’accélération technologique, autre : précisez, etc. Une nouvelle catégorie de travailleurs a émergé, ceux que l’on appelle les travailleurs du savoir (ou knowledge workers). Ils se distinguent des autres car leur travail consiste fondamentalement à manier des quantités de plus en plus importantes d’informations dans un ou plusieurs champs d’expertises, et ce afin d’en effectuer une restitution à des clients (entreprises, universités, particuliers, clients internes).

L’expression de “knowledge workers” doit être attribué à P.F. Drucker à la fin des années 1950. Dans un de ses articles références (Managing Oneself), P.F. Drucker présente un certain nombre de ses convictions sur les facteurs favorisant le succès des travailleurs dans une économie du savoir. Littéralement, “Success in the knowledge economy comes to those who know themselves – their strenghts, their values, and how the best perform”. Pour lui, les travailleurs du savoir doivent devenir leurs propres chefs (“Knowledge workers must, effectively, be their own chief executive officers“) et acquérir une connaissance profonde d’eux-même.

Sa contribution est organisée autour de 5 questions fondamentales :

  1. Quelles sont mes forces ? (“What are my strenghts ?“)
  2. Comment je procède ? (“How do I perform ?“)
  3. Quelles sont mes valeurs ? (“What are my values ?“)
  4. A quel(s) monde(s) j’appartiens ? (“Where do I belong ?“)
  5. Que devrai-je faire ? (“What should I contribute ?“)

1. Quelles sont mes forces ?

L’auteur met en avant l’importance de l’analyse du feedback (“feedback analysis“) dans le processus de connaissance de soi : l’apprentissage se fait exclusivement par l’action dans la mesure ou l’on ne peut pas prendre de recul par rapport à soi-même. P.F. Drucker invite à se focaliser sur ses points forts et à les améliorer, et à ne pas s’enfermer dans des logiques d’ignorance qui conduisent à l’échec (le syndrome de l’ingénieur qui ne souhaite rien comprendre aux relations humaines). Il invite également à s’interroger sur les habitudes qui peuvent réduire l’efficacité du travail, ainsi que sur la courtoisie. L’analyse honnête de ses résultats devrait enfin donner des indications sur les points forts et les points faibles.

P.F. Drucker invite alors à ne s’intéresser que marginalement à ses points faibles (“One should waste as little effort as possible on improving areas of low competence“).Il s’agit à mon sens d’une erreur et ce pour deux raisons.

La première est que la combinaison de compétences qu’un individu doit mobiliser dans son travail dépend autant de ses choix que des besoins de son client : il est fortement probable que tout individu soit en défaut sur un des aspects requis, à plus forte raison dans un monde complexe. Par exemple, un directeur marketing peut demander à un chargé du marketing de faire une analyse de marché, d’écrire un rapport sur Word et d’en faire une présentation en anglais devant des managers.  S’il est incapable de se servir de Word, la qualité de l’ensemble du travail peut être remise en cause : la compétence agissant comme un système, son niveau est égal à celui de son sous-ensemble le plus faible.

La deuxième raison est qu’il est plus simple de passer d’un niveau incompétent  à moyen que d’atteindre l’excellence. Cette hypothèse est évidente dans le cas de l’exemple du travail sous Word. D’ailleurs, il semble que P.F. Drucker se contredit quand il affirme d’une part qu’il faut se focaliser sur ses points forts, mais qu’il faut remédier à ses mauvaises habitudes (ce qui revient à traiter ses points faibles).

2. Comment je procède ?

L’auteur invite ici à s’interroger sur la manière et distingue plusieurs dimensions :

  • Quel est mon processus d’apprentissage privilégié (en faisant, écoutant, lisant, parlant, écrivant, ou un mélange de tout ceci) ?
  • Est-ce que je travaille mieux seul ou en groupe (et si c’est en groupe, dans quel type de relation à l’autre : ressource, leader, subordonné ?)
  • Est-ce que je produis le plus en tant que décideur ou en tant que conseiller ?
  • Quelle est ma résistance au stress ?
  • Suis-je le plus efficace dans une grande ou un petite organisation ?

La conclusion de cette partie est assez simple : “Do not try to change yourself – you’re unlikely to succeed” (N’essayez pas de changer votre personnalité, vous être quasiment sûr d’échouer).

3. Quelles sont mes valeurs ?

Il reste très difficile de décrire précisément ce que l’on entend par “valeurs”. L’auteur renvoie ici au “test du miroir” : chacun doit agir de la manière qui correspond à son éthique personnelle, et doit chercher à trouver une organisation et des personnes dont les valeurs sont suffisamment proches. “Ethics requires that you ask yourself, what kind of person do I want to see in the mirror in the morning ?“.

Il existe en outre potentiellement un champ de tensions entre les valeurs et les forces. P.F. Drucker cite  son exemple personnel en tant qu’asset manager : “I was doing well [...] but I saw no point in being the richest man of the cemetery” (Je faisais bien mon travail mais je ne voyais aucun intérêt à devenir l’homme le plus riche du cimetière).

4. A quel(s) monde(s) j’appartiens ?

A ce stade de l’introspection, l’individu doit pouvoir se positionner ou, à défaut, savoir ou ne pas aller, et comment saisir une opportunité : “Yes, I will do that. But this is the way I should be doing it. This is the way it should be structured. This is the way the relationships should be. These are the kind of results you should expect from me, and in this time frame, because this is who I am.” (Oui, je vais le faire, mais de telle manière, dans tel cadre relationnel, avec ces objectifs, et dans ce timing, car c’est ce que je suis (capable et volontaire pour faire)).

5. Que devrai-je faire ?

Il existe trois facteurs critiques permettant d’orienter la décision :

  • Que demande la situation actuelle ? (“What does the situation require ?”)
  • Etant donné mes capacités, comment puis-je faire la plus grande contribution à ce qui a besoin d’être réalisé ? (“Given my strenghts, my way of performing and my values, how can I make the difference to what needs to be done ?”)
  • Et finalement, quels résultats ont besoin d’être atteints pour faire une différence ? (“And finally, what results have to be achieved to make a difference ?”)

Pour P.F. Drucker, l’individu doit chercher à obtenir des résultats tangibles, porteurs de sens et de progrès, mesurables et ce dans un horizon inférieur à 18 mois. L’action commence ici : “What to do, where and how to start, and what goals and deadlines to set” (Que faire, ou et quand commencer, quels objectifs et limites de temps fixer ?).

Fin de la contribution

Dans la fin de sa contribution, l’auteur rappelle que la relation est importante et qu’autrui doit être considéré comme un individu (et traité de la sorte). La compréhension mutuelle est importante, et l’on ne devrait jamais hésiter à poser des questions et s’intéresser aux gens : c’est d’ailleurs parce que l’on ne le fait pas assez que des incompréhensions se créent. La relation de travail du XXIème siècle sera fondée sur la confiance (“Organizations are no longer built on force but on trust“). Enfin, la période de travail s’étant considérablement allongé, P.F. Drucker rappelle l’importance de gérer sa reconversion de “seconde moitié de vie”, une fois que l’on a atteint un degré d’expertise sur son emploi.

It is the minority, the men and the women who see a long working life expectancy as an opportunity both for themselves and for society, who will become leaders and models” (C’est la minorité d’hommes et de femmes qui verront la longue espérance de vie au travail comme une opportunité à la fois pour eux et pour la société qui deviendront des leaders et des modèles).

Managing oneself demands that each knowledge worker think and behave like a chief executive officer (CEO)” (Se gérer soi-même requiert de la part de chaque travailleur du savoir de penser et de se comporter comme un président directeur général (PDG)).

Contribution

P.F. Drucker, Mars-Avril 1999, Managing Oneself, Harvard Business Review, Vol.77, n°2, pp 64-75.

,

1 Comment

Pratiques de GRH

Une certaine irrégularité dans les posts, signe d’une reprise assez raide du travail ! Je vous propose une petite synthèse d’un papier de F. Pichault et J. Nizet sur les liens existants entre les pratiques de GRH et les configurations organisationnelles de Mintzberg.

Fiche de lecture

, ,

No Comments

La fiche de poste

La fiche de poste est un des outils primordiaux de l’entreprise. A cheval entre l’organisation et les ressources humaines, elle a vocation à répondre à deux besoins : délimiter pour chaque individu le champ de ses responsabilités, des attentes (livrables, attitudes) et de ce qui sera évalué (notamment lors de l’entretien annuel) d’une part, et d’autre part permettre de communiquer sur le positionnement de chacun dans le processus de création de valeur (et donc de légitimer chacun sur sa fonction).

Comme dans tout domaine de l’organisation, l’entreprise (surtout de petite taille) construit souvent ses premiers outils de pilotage ex nihilo. Si l’on sait pourquoi l’on souhaite disposer de fiches de postes et que notre ami Google peut nous donner assez rapidement des modèles, force est de constater que dans la pratique, leur conception et leur utilisation se révèle complexe. Voici une méthodologie et des conseils pour créer des fiches de postes adéquates.

La méthodologie

Comme tout outil, la fiche de poste a un ou plusieurs objectifs. Il convient de les identifier et de les hiérarchiser. La fiche de poste est-elle principalement un outil de communication et de clarification entre un collaborateur et son supérieur hiérarchique ? Sera-t-elle communiquée à d’autres personnes ? Les postes sont-ils susceptibles d’évoluer rapidement, sont-ils mouvants ?

Les éléments constitutifs d’une fiche de poste sont les suivants :

  1. L’intitulé du poste
  2. Les éléments d’identification (nom, prénom, ancienneté, etc.)
  3. La situation du poste (localisation, position dans l’organigramme)
  4. La finalité du poste (pourquoi existe-t-il, à quel besoin répond-il ?)
  5. Le contexte (dépendances hiérarchiques, conditions de travail particulières, contexte règlementaire)
  6. Les missions (principales)
  7. Les activités
  8. Les compétences requises (savoirs, savoir-faire et attitudes)

Il s’agit ensuite de rédiger une ébauche et de la finaliser avec le collaborateur.

Quelques conseils

  1. Juridiquement, la fiche de poste ne devrait pas sortir du cadre du pouvoir décisionnaire de l’employeur. En cas de modification d’éléments essentiels du contrat de travail (prime sur atteinte d’objectifs, modification des conditions de travail, du grade, ou autre), la fiche de poste pourra être considéré comme un avenant au contrat de travail opposable devant un tribunal. Il s’agit alors d’éviter toute référence à une quelconque rémunération et de se contenter de décrire le poste.
  2. La concision est un atout de communication. En dehors de postes spéciaux (notamment techniques), une fiche de poste devrait pouvoir tenir sur un format A4 recto verso.
  3. La fiche de poste ne doit pas être un outil figé. Elle doit être rediscutée tous les ans lors de l’entretien annuel pour s’assurer de sa pertinence.

No Comments

Professionnaliser – Le Modèle de la navigation professionnelle

Professionnaliser - 978-2-7081-3750-9 - Couverture

Avis

Le professionnel peut se définir comme étant une personne capable de répéter un ensemble de tâches ou d’actions avec le même niveau de performance dans une situation donnée. Il est capable d’agir avec pertinence in situ, même si le contexte se complexifie ou devient totalement original et imprévisible. En cela, il donne confiance aux différents intervenants (collaborateurs, clients, fournisseurs) qui travaillent avec lui et améliore la performance globale de l’organisation. Mieux, en assurant un niveau constant de performance, il permet d’offrir des biens et services stables à ses clients. L’ouvrage de Guy Le Boterf explicite les notions liées au professionnalisme et donne des clés pour atteindre l’objectif de professionnalisation.

4ème de couverture

L’exigence de professionnalisme est aujourd’hui omniprésente : les employeurs veulent pouvoir compter sur des professionnels, les clients exigent d’avoir affaire à des “pros”, les agences d’intérim recherchent des professionnels, des encarts publicitaires s’engagent sur un service professionnel 7 jours sur 7, les demandeurs d’emploi veulent argumenter sur leur employabilité, les salariés cherchent à valider les acquis de leur expérience professionnelle, les universités mettent en avant leurs filières de professionnalisation, les pouvoirs publics et les partenaires sociaux ont engagé une réforme en profondeur de la formation professionnelle…

Ce contexte est à l’origine des questions que Guy Le Boterf traite dans ce nouvel ouvrage :

  • Pourquoi cet intérêt croissant pour la professionnalisation et le professionnalisme ?
  • Pourquoi cet effacement progressif de la référence à l’ouvrier qualifié ou à l’homme de métier au profit de celle du professionnel ? Suffi t-il de bien posséder un métier pour être reconnu comme un bon professionnel ?
  • À quoi reconnaîtra-t-on aujourd’hui qu’un professionnel est compétent ? Quel type de professionnel s’agit-il de former ?
  • Comment s’y prendre pour professionnaliser ?
  • Comment élaborer et mettre en oeuvre des parcours personnalisés de professionnalisation ?

Cet ouvrage propose une conception des dispositifs de professionnalisation inspirée de ce que Guy Le Boterf appelle le modèle de la navigation professionnelle : les parcours de professionnalisation peuvent être élaborés et réalisés selon les mêmes principes que ceux qui s’appliquent aux parcours de navigation. Des conséquences très pratiques découlent de ce modèle.

Caractéristiques

  • Titre : Professionnaliser
  • Sous-titre : Le modèle de la navigation professionnelle
  • Éditeur : Editions d’Organisation
  • Collection : Ressources humaines
  • Parution : Octobre 2006
  • Édition : 5ème édition
  • Support : aucun
  • Nb de pages : 144
  • Format : 15 x 22,5
  • Couverture : Broché
  • Poids : 215 g
  • Intérieur : Noir et Blanc
  • ISBN10 : 2-7081-3750-6
  • ISBN13 : 978-2-7081-3750-9
  • EAN13 : 9782708137509

Sommaire

Chapitre 1 : Pourquoi cet intérêt croissant pour la professionnalisation
Chapitre 2 : Qu’est-ce qu’un professionnel compétent
Chapitre 3 : Les niveaux de professionnalisme
Chapitre 4 – Partie 1 : Les principes directeurs d’une ingénierie de la professionnalisation
Chapitre 4 – Partie 2 : Un dispositif pour concevoir des parcours de professionnalisation comme des parcours de navigation

Fiche de l’ouvrage sur le site de l’éditeur

http://www.editions-organisation.com/Livre/9782708137509/professionnaliser

Acheter

Extraits

Le site de l’auteur

http://www.guyleboterf-conseil.com/

Synthèse managériale

Synthèse

,

No Comments