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Une ontologie du Knowledge Management
Posted by Jeremy in General, Organisation, Ressources Humaines, Systèmes d'Information on 18/04/2010
Le Knowledge Management peut être assimilé à une nébuleuse dans laquelle il est difficile de se retrouver, ce qui implique que la recherche à son sujet est complexe et que les différentes approches soient difficiles à lier entre elles. Partant de ce constat, C.W. Holsapple et K.D. Joshi proposent une ontologie formelle du champ, ontologie issue d’un travail collaboratif itératif entre des praticiens et des académique du Knowledge Management. Les auteurs la définissent comme un ensemble de primitives, axiomes et définitions permettant de mieux appréhender le champ.
Conduite du Knowledge Management
DKMC1 (Definition of Knowledge Management Conduct 1) : Le Knowledge Management peut être défini comme l’ensemble systématique et délibéré des efforts consentis par une entité pour étendre, cultiver et mettre en application le savoir disponible de manière à créer de la valeur pour elle, c’est-à-dire en créant des résultats positifs dans l’accomplissement de ses objectifs et de son objet social.
DKMC2-3-4-5 : Le périmètre d’étude du Knowledge Management peut être individuel , organisationnel, trans-organisationnel, voir national (le KM est alors réalisé respectivement par un individu, une organisation, une multitude d’organisations collaborant entre elles ou une nation). D’autres périmètres peuvent exister (interpersonnels, régionaux).
DKMC6 : La connaissance est ce qui est véhiculé au moyen de représentations utilisables (‘Knowledge – That which is conveyed in usable representations‘). Cela signifie qu’un individu (que l’on qualifie de processeur de la connaissance) transforme en connaissances des représentations statiques (objets) ou dynamiques (processus) en fonction de leur validité et de leur utilité supposées dans un contexte particulier et pour lui-même (en fonction de son schéma mental).

AKMC1 (Axiom on KM Conduct 1) : Les représentations incluent des schémas mentaux, comportementaux, symboliques, digitaux, visuels, audio et sensoriels de manière générale qui peuvent survenir du fait de l’existence d’objets ou de processus.
AKMC2 : La pertinence d’une représentation dépend de sa validité et de son utilité pour un individu dans un contexte particulier.
AKMC3 : La connaissance dispose d’une variété d’attributs qui incluent le mode (tacite ou explicite), le type (descriptif, procédural ou cognitif), l’orientation (relationnelle ou personnelle), l’applicabilité (locale ou globale), l’accessibilité (publique ou privée), le périmètre temporel (applicable maintenant, en potentiel ou dépassée), et son caractère périssable.

DKMC7 : Une ressource est une source de valeur, revenus, richesses ou rente.
DKMC8 : Une ressource informationnelle est une connaissance qu’une entité peut manipuler d’une manière à créer de la valeur.
AKMC4 : Une entité dispose de quatre types de ressources, à savoir les ressources financières, humaines, matérielles et informationnelles (abrégées KR pour Knowledge Resources).
AKMC5 : La combinaison de ressources dont dispose une entité au cours du temps est sujette à modification via leur acquisition, production ou élimination.
AKMC6 : Les ressources informationnelles d’une organisation peuvent être manipulées par des ressources humaines ou matérielles (systèmes d’information).
DKMC9 : Un processeur est une ressource humaine ou matérielle détenant des compétences lui permettant d’effectuer des actions.
AKMC7-8 : Certains processeurs sont plus efficaces que d’autres pour effectuer certains types d’actions dans un contexte donné, et un processeur peut être plus efficace dans la mise en œuvre d’une action particulière que d’une autre.
AKMC9 : L’efficacité d’une action entreprise par un processeur peut être influencée par le contexte dans lequel le processeur agit.
DKMC10 : Un processeur d’information est une partie ou un participant d’une entité qui possède les compétences lui permettant d’entreprendre des activités de manipulation de l’information avec des degrés d’efficacité divers.
AKMC10 : Les processeurs d’information peuvent être des humains ou des systèmes d’information.
AKMC11 : Un processeur d’information peut être individuel ou collectif (i.e. partagé)
DKMC11 : Un traitement de connaissances est un traitement de représentations utilisables.
DKMC12 : Une activité de traitement des connaissances est un type de traitement qui peut être discerné et caractérisé indépendamment de la nature de la représentation qui est traitée.

DKMC13 : Un facteur d’influence est un facteur qui peut affecter une ressource, un processeur ou un processus.
DKMC14 : Un facteur d’influence du KM est un facteur qui détermine comment une manipulation de la connaissance se déroule dans le cadre du Knowledge Management.
DKMC15 : Un épisode est un processus distinct qui peut être séparé des autres processus (bien que l’ensemble puisse être interdépendant).
DKMC16 : Un épisode de KM est l’exécution d’un ensemble d’activités de manipulation des connaissances par un ensemble de processeurs de l’entité, exécution déclenchée par sa volonté de satisfaire un besoin en connaissances ou une opportunité et par les ressources informationnelles, sujettes aux facteurs d’influence et aboutissant à un apprentissage ou une réalisation.

AKMC 12 : Les épisodes de KM peuvent être catégorisés en fonction de la nature de l’intention, tel que la prise de décision, la R&D, la négociation, la résolution de problèmes ou le brainstorming.
DKMC17 : L’apprentissage est un processus par lequel les ressources informationnelles sont modifiées, ou le résultat d’un épisode de KM impliquant un changement d’état dans le connaissance d’une entité. L’apprentissage peut être fonctionnel (bénéfique) ou dysfonctionnel (négatif).
DKMC18 : Une projection est un processus par lequel des ressources sont disséminées dans l’environnement, ou le résultat d’un épisode de KM impliquant une modification dans l’état de l’environnement d’une entité.
AKMC13 : Les épisodes de KM sont soit des apprentissages, soit des projections, soit un mélange des deux.
DKMC19 : Une conduite est un ensemble de comportements qui se déroulent durant l’accomplissement d’une action.
DKCM20 : La conduite du KM est l’exécution continue d’une entité d’épisodes variés de KM, souvent configurés comme des activités interdépendantes et soumises à des facteurs d’influence.
Composants des activités de manipulation des connaissances
AKMA1 (Axiom on KM Activity 1) : 5 types d’activités interviennent dans la conduite du KM, à savoir l’acquisition, la sélection, la génération, l’assimilation et l’émission de connaissances.
AKMA2 : Une instance spécifique d’une activité dans un épisode peut être réalisé simultanément par plusieurs processeurs ou par un seul.
AKMA3 : Un processeur peut disposer des compétences nécessaires pour réaliser plus d’un type d’activité dans un seul épisode ou dans plusieurs.
AKMA4 : Les activités de KM peuvent aboutir à des flux de connaissances.
DKMA1 : Le transfert de connaissance d’une instance d’une activité de KM vers une autre instance (impliquant potentiellement une transformation de la représentation) est appelé flux de connaissances.
DKMA2 : Un message auxiliaire est un signal qu’une instance d’une activité envoie à une autre instance pour demander ou fournir un feedback, une clarification ou une évaluation.

DKMA3 : L’acquisition de connaissances est une activité consistant à identifier une connaissance existant dans l’environnement de l’entité et à la rendre disponible dans une représentation appropriée pour une activité donnée.
DKMA4 : La sélection des connaissances est une activité visant à identifier les connaissances à l’intérieur d’une base de ressources informationnelles existant dans l’organisation et à la fournir dans une représentation appropriée à une activité donnée.
DKMA5 : L’assimilation de connaissances est une activité qui modifie une ressource informationnelle de l’entreprise, et qui se conclut par un apprentissage.
DKMA6 : La génération de connaissances est une activité par laquelle une entité déduit ou découvre des connaissances liées à celles existant déjà.
DKMA7 : L’émission de connaissances est une activité qui utilise des connaissances existantes pour produire des projections dont l’objet est d’être introduites dans l’environnement.
DKMA8 : L’utilisation de connaissances est une activité consistant à appliquer des connaissances existantes pour en générer de nouvelles et/ou émettre des connaissances.
AKMA5 : L’acquisition de connaissances est réalisée via un ensemble de sous-activités incluant l’identification des savoirs pertinents détenus par des sources externes, l’acquisition des savoirs identifiés, l’organisation des savoirs ainsi acquis, et le transfert de ces savoirs organisés vers les activités de l’entreprise qui les requièrent.
AKMA6 : La sélection des connaissances est le pendant interne de l’acquisition des connaissances.

AKMA7 : L’assimilation des connaissances est réalisée via l’évaluation et l’estimation des savoirs à assimiler, le ciblage des ressources qui vont assimiler ces savoirs, la structuration des savoirs dans des formes appropriées aux cibles identifiées, et le transfert des savoirs.
AKMA8 : La génération de connaissance implique de suivre les ressources informationnelles de l’entité et de l’environnement externe, d’obtenir le savoir requis par sélection ou acquisition, d’évaluer le savoir ainsi obtenu en termes d’utilité et de validité pour la production de connaissances, de produire des connaissances en créant, synthétisant, analysant et construisant à partir d’une base existante de savoirs, et enfin de transférer la connaissance produite aux activités qui les requièrent.
AKMA9 : Une émission est réalisée par le ciblage d’éléments de l’environnement qui peuvent profiter d’une connaissance existant dans l’organisation, la production d’une projection pour les cibles par mise en œuvre, intégration, contrôle et utilisation des savoirs existants, et le transfert des connaissances produites (ce qui implique leur conditionnement et leur livraison).
AKMA10 : Une activité d’acquisition de connaissances implique la réception de flux d’informations de l’environnement et fournit la connaissance acquise à une activité qui l’utilise immédiatement et/ou l’assimile pour un usage ultérieur.
AKMA11 : Une activité de sélection de connaissances implique la réception de flux d’information de la part d’une ressource informationnelle de l’entité et la fourniture des savoirs sélectionnés aux activités d’acquisition, d’utilisation et/ou d’assimilation.
AKMA12 : Une activité d’assimilation de connaissances implique la réception de flux d’informations depuis les activités d’acquisition, sélection ou génération des savoirs, et la production de flux de connaissances qui sont transférés/intégrés dans les ressources informationnelles de l’entité.
AKMA13 : Une activité de génération de connaissances implique la réception de flux d’informations depuis les activités de sélection ou d’acquisition et la livraison des connaissances générées pour les activités d’assimilation et/ou d’émission.
AKMA14 : Une activité d’émission de connaissances implique la réception de flux d’informations depuis les activités de sélection, acquisition et/ou génération et la livraison de projections (i.e. un savoir packagé) aux destinataires identifiées dans l’environnement.
AKMA15 : Assimiler des connaissances est l’objectif final de l’apprentissage organisationnel d’une entité.
AKMA16 : Émettre des connaissances est l’activité finale par laquelle une entité projette dans son environnement du savoir, y ajoutant de la valeur et recevant potentiellement des ressources en retour.
AKMA18 : Les configurations d’activités intervenant dans un épisode de KM et l’ensemble des processeurs réalisant ces activités sont sujets à variation au cours du temps.
AKMA19 : Une activité de KM peut intervenir sur différents types de ressources informationnelles.
Composants des ressources informationnelles

AKR1 (Axiom on Knowledge Resources 1) : Une organisation dispose de deux types de ressources informationnelles, à savoir les ressources symboliques et les ressources de contenus.
DKR1-2 : Les ressources informationnelles symboliques sont des ressources dont l’existence dépend intrinsèquement de l’existence de l’organisation. A l’inverse, les ressources dites de contenus peuvent exister indépendamment de l’organisation qui les accueille.
AKR2 : Il existe quatre types de ressources symboliques : la culture de l’organisation, l’infrastructure, la stratégie et l’objet social.
DKR3 : La culture est l’ensemble des postulats fondamentaux et des croyances partagées par les membres de l’organisation, qui agissent inconsciemment et qui définissent des hypothèses supposées vraies (‘taken-for-granted’) à travers lesquelles l’organisation s’analyse et analyse sont environnement.
DKR4 : L’infrastructure est l’ensemble des connaissances définissant les rôles dans l’organisation, leurs relations, et les régulations qui gouvernent l’utilisation de ces rôles et interdépendances.
DKR5 : La stratégie est la connaissance définissant ce qui doit être fait pour réaliser l’objet social de l’organisation d’une manière efficiente.
DKR6 : L’objet social est la connaissance définissant la raison d’être d’une organisation en termes de mission, vision, objectifs et buts.
AKR3 : L’existence et l’utilisation des ressources de contenus dans le cadre du KM sont à la fois rendues possibles et contraintes par les ressources symboliques.
AKR4 : Les ressources de contenus sont de deux types, à savoir les connaissances détenues par les participants de l’organisation et les connaissances véhiculées par des artefacts.
DKR6 : Un artefact est un objet ne disposant pas de compétences en tant que processeur de connaissances, mais qui détient une représentation du savoir potentiellement utilisable pour au moins un processeur de l’organisation.
DKR7 : Les connaissances détenues par les participants sont les connaissances détenues par un processeur de connaissances intervenant dans l’organisation. Il existe deux types de participants, les participants centraux et les parties prenantes externes.
DKR8 : Les participants centraux de l’organisation sont les possesseurs et manipulateurs de connaissances appartenant aux ressources humaines et/ou matérielles de l’organisation.
DKR9 : Les parties prenantes externes sont les possesseurs et manipulateurs de connaissances qui n’appartiennent pas aux ressources humaines et/ou matérielles de l’organisation, mais dont la connaissance est disponible pour manipulation sans avoir à être acquise.
DKR10 : Les ressources informationnelles externes sont les connaissances existant dans l’environnement de l’organisation et potentiellement accessible/disponible pour acquisition.
AKR5 : Les ressources symboliques existent indépendamment des participants et des artefacts.
AKR6 : Les six types de ressources informationnelles (savoirs des participants, artefacts, culture, infrastructure, objet social et stratégie) sont à la fois distincts et interdépendants.
Facteurs d’influence du Knowledge Management

AKMI1 (Axiom on KM Influences 1) : Il existe trois sources principales qui influencent le déroulement des activités de KM, à savoir les influences managériales, les influences provenant des ressources et les influences environnementales.
DKMI1 : Les influences managériales regroupent l’ensemble des efforts administratifs entrepris par une entité et qui affectent la conduite du KM.
DKMI2 : Les influences provenant des ressources regroupent l’ensemble des ressources déployées par l’entité pour réaliser la conduite du KM et qui dont l’affectent.
DKMI3 : Les influences environnementales sont les facteurs externes à l’entité qui affectent la conduite de son KM.
AKMI2 : Les influences managériales principales sont le leadership, la coordination, le contrôle et les opérations de mesure.
DKMI4 : Le leadership regroupe les efforts administratifs d’une entité pour créer les circonstances dans lesquelles les processeurs de connaissances peuvent réaliser le plus efficacement possible leur travail.
DKMI5 : La coordination consiste à gérer le schéma de dépendance entre les activités de KM, les ressources informationnelles, les processeurs de connaissance, les processus de KM, et les épisodes de KM.
DKMI6 : Le contrôle regroupe les efforts de l’entité pour s’assurer que les ressources informationnelles et les processeurs requis sont disponibles en quantité et qualité.
DKMI7 : Les opérations de mesure regroupent l’ensemble des efforts d’une entité pour évaluer ses ressources informationnelles, ses processeurs, ses activités, les influences managériales, les épisodes de KM et de manière générale, la conduite du KM.
AKMIK3 : les facteurs d’influence opèrent sur les quatre types de ressources existant (financières, humaines, matérielles et informationnelles).
DKMI8-9-10 : Les ressources financières rassemblent les actifs financiers de l’entité, les ressources humaines sont l’ensemble des compétences détenues par les membres d’une organisation, et les ressources matérielles sont les capacités des actifs matériels d’une entité (incluant les compétences des systèmes d’information).
AKMI4 : Les influences environnementales s’exerçant sur la conduite du KM dans une entité comprennent la concurrence, les effets de mode, les marchés, la technologie, le temps, et le climat PESTEL (politique, économique, social, technologique, environnemental et légal).
AKMI5 : Les trois types d’influences s’exerçant sur le KM sont à la fois distinctes et interdépendantes.
Contribution
Holsapple, C.W., K.D. Joshi, 2004, A Formal Knowledge Management Ontology: Conduct, Activities, Resources and Influences, Journal of the American Society for Information Science and Technology, 55(7) 593-612.
Les champions de l’innovation technologique
Posted by Jeremy in Organisation, Ressources Humaines, Stratégie on 14/02/2010
Il aura beaucoup été dit et répété que l’augmentation de la turbulence, de la complexité et de la concurrence que subissent les entreprises dans leurs environnements d’affaires fait de leur capacité à identifier, évaluer et adopter les innovations technologiques un déterminant critique de leur productivité, compétitivité et finalement, de leur survie.
Ce constat est formulé (entre autres) par J.M Howell et C.A. Higgins dans un papier de 1990 (‘Champions of Technological Innovation’, Administrative Science Quaterly). Ils notent cependant que le rôle des individus, bien qu’il eut été identifié dans la littérature, n’a à leur sens pas été clairement établi. Ils explicitent les différents manques méthodologiques des études précédentes, avant de chercher à analyser trois variables potentiellement explicatives de l’émergence de ces champions :
- Les caractéristiques personnelles : besoin de réalisation (‘achievment‘) , propension à la prise de risque (‘risk taking‘), persuasion (‘persuasiveness‘), opiniâtreté (‘persistence‘), capacité d’innovation (‘innovativeness‘).
- Le leadership transformationnel (‘transformational leadership‘) : charisme (‘charisma‘), capacité à inspirer les autres (‘inspiration‘), capacité à stimuler intellectuellement (‘intellectual stimulation‘), considération individuelle.
- Les stratégies d’influence (‘influence tactics‘) : fréquence (‘frequency‘) et variété (‘variety‘).
Par ailleurs, cinq rôles spécifiques de l’innovation technologique sont distingués afin d’apporter de la clarté à leur étude :
- Les interfaces (‘gatekeepers‘) dont le rôle est d’acquérir, transformer et redistribuer au sein de l’organisation les connaissances extérieures.
- Les champions de projet (‘project champions‘) qui distillent et font la promotion d’idées nouvelles.
- Les innovateurs d’affaire (‘business innovators‘) qui fournissent le support et les ressources nécessaires à l’innovation, tout en la protégeant des interférences de l’organisation.
- Les innovateurs techniques (‘technical innovators‘) conçoivent et développent les innovations technologiques.
- Les utilisateurs privilégiés (‘user champions‘) mettent en œuvre l’innovation en formant et fournissant de l’aide aux autres utilisateurs.

Six hypothèses sont formulées sur les différences entre les champions et les non-champions de l’innovation technologique.
Hypothèse n°1 : ‘Les champions démontrent plus de comportements de leadership transformationnel (comme défini plus haut) que les non-champions’.
Hypothèse n°2 : ‘Les champions mettent plus souvent en œuvre les caractéristiques personnelles définie plus haut que les non-champions’.
Hypothèse n°3-4-5 : ”Les variables appartenant aux trois champs définis (caractéristiques personnelles, leadership transformationnel et stratégies d’influence) sont plus positivement corrélées pour les champions que pour les non-champions’.
Hypothèse n°6 : ‘Les champions cherchent à influencer de manière plus fréquente et variée que les non-champions’.
Les résultats de l’étude corroborent ces hypothèses.
Contribution
Howell, J.M & C.A. Higgins, (1990), ‘Champions of Technological Innovation’, Administrative Science Quaterly, 35, pp 317-341
Le vrai job des leaders
Posted by Jeremy in Ressources Humaines on 21/12/2009
La demande de leadership se fait de plus en plus présente pour toutes les personnes réalisant des activités d’encadrement. Cependant, le leadership n’est pas une notion clairement balisée et uniforme pour tout le monde.
D’après J.P. Kotter, le leadership est différent du management. Les leaders ne font pas de plans, ne résolvent pas de problèmes et ne s’occupent même pas d’organisation. Leur métier fondamental est de préparer les organisations et leurs membres au changement, et de les accompagner. Par contraste, le management s’occupe de gérer la complexité.
Il distingue trois dimensions qui permettent de séparer les activités de management de celles de leadership :
- Alors que le management gère la complexité par des processus de planification et de budgétisation, le leadership se doit de définir une direction, c’est-à-dire de développer une vision pour le futur et les stratégies pour conduire le changement.
- Le management créé la capacité à atteindre les objectifs par l’organisation et le “staffing” (la gestion des bons profils pour les bonnes missions), alors que le leadership cherche à aligner les collaborateurs sur la vision d’entreprise (via la communication et l’implication).
- Enfin, le management assure l’accomplissement des objectifs par le contrôle et la résolution des problèmes. Le leadership a lui pour vocation de concrétiser la vision en motivant et en inspirant les collaborateurs.
Les compétences requises sont bien entendu totalement différentes. L’auteur précise que le leadership n’est pas supérieur au management, l’inverse étant également vrai. A chaque situation dépend un mode préférentiel. Une organisation doit développer à part égale des managers et des leaders, et ce à tous les niveaux. Mettre en oeuvre une culture mixte de complémentarité est probablement l’une des plus grandes réalisations que peut atteindre une entreprise.
Contribution
Kotter, J.P. (1990), ‘What Leaders Really Do’, Harvard Business Review, 68(3), pp 103-111.
Coacher les “Alphas”
Posted by Jeremy in Ressources Humaines on 22/11/2009
Une certaine proportion des équipes dirigeantes est constituée de personnes dont les capacités intellectuelles sont très développées mais qui peuvent manquer de tact, c’est-à-dire d’une capacité à travailler harmonieusement avec leurs collaborateurs (voir D. Goleman, “L’intelligence émotionnelle”). A mesure que ces personnalités gravissent les échelons de leurs entreprises, ce manque de tact devient de plus en plus générateur de problèmes, et la force des “Alphas” (Ce terme très mal choisi nous renvoie beaucoup trop au Meilleur des Mondes de A. Huxley et à l’idée de hiérarchisation des personnes pour s’en tirer sans guillemets) se transforme en faiblesse.
K. Ludeman et E. Erlandson postulent que ces personnes ont besoin d’être coachés d’une manière particulière, adaptée à leur personnalité, pour atteindre les postes de direction. Après avoir identifié certains traits de caractères des “Alphas”, et constaté qu’il s’agit d’un problème essentiellement masculin, les auteurs formalisent les comportements positifs pour l’organisation qui peuvent présenter des risques :
- La confiance en soi et en ses opinions.
- L’intelligence.
- L’orientation vers l’action.
- Le haut degré d’exigence pour lui et les autres.
- Le style de communication direct.
- La discipline.
- L’impassibilité.

Du fait de ces traits de personnalités, le coaching de cette population doit éviter certains écueils, notamment en termes de comportement (le coach doit être crédible pour cette population exigeante) et de communication (le travail porte sur le relationnel et doit inclure les collaborateurs). Les auteurs distinguent cinq points de passage obligé pour le coaching :
- Obtenir l’attention de la personne (avec des données concrètes issues d’entretien 360°).
- Demander son engagement.
- Parler son langage.
- Lui présenter la situation suffisamment durement pour la blesser.
- Éveiller sa curiosité et son instinct de compétition.
Le coaché doit pour sa part accepter de passer par cinq étapes :
- Admettre ses faiblesses et vulnérabilités (ce qui a en général un impact positif sur les collaborateurs).
- Accepter d’être responsable d’une partie de la performance de ses collaborateurs (notamment du fait de son comportement).
- Accepter et canaliser ses émotions.
- Équilibrer les feedbacks positifs et négatifs faits à ses collaborateurs.
- Prendre conscience de ses habitudes comportementales.
C’est à ces conditions que les “Alphas” pourront exprimer pleinement leur potentiel et établir des relations harmonieuses avec leurs collaborateurs. Si l’on en croit les auteurs, le jeu en vaudrait la chandelle …
Contribution
Ludeman K & E. Erlandson, (2004), Coaching the Alpha, Harvard Business Review, Vol. 82, n°5, pp 58-67.
Conduire le changement
Posted by Jeremy in Organisation, Ressources Humaines on 17/11/2009
Le changement est désormais une donnée constante du monde des affaires tel qu’il se dessine aujourd’hui. Malheureusement, ce dernier est souvent très mal géré dans les entreprises et derrière les plus grandes intentions se déroulent les plus grandes désillusions.
J. Kotter est un des spécialistes de la gestion du changement. Dans l’une de ses plus grandes contributions, “Leading Change“, ce dernier postule que les leaders qui réussissent le pari du changement entreprennent systématiquement huit actions, dans l’ordre, en évitant les pièges associés à ces huit actions (“pitfalls“) :
- Mettre en place un sentiment d’urgence (“Establish a Sense of Urgency“).
- Fédérer un groupe soudé et ayant les moyens d’agir (“Forming a Powerful Guiding Coalition“).
- Créer une vision (“Creating a Vision“).
- Communiquer la vision (“Communicating the Vision“).
- Permettre aux collaborateurs d’agir en cohérence avec la vision développée (“Empowering Others to Act on the Vision“).
- Planifier et atteindre des succès partiels ou à court terme (“Planning for and Creating Short-Term Wins“).
- Pérenniser les changements et encourager encore plus de changements (“Consolidating Improvements and Producing Still More Change“).
- Institutionnaliser les nouvelles approches (“Institutionalizing New Approaches“).

Ce schéma permet ainsi de comprendre la difficulté du processus de changement. Un échec sur l’une de ces huit dimensions peut remettre en cause l’intégralité des actions entreprises auparavant. C’est justement de la cohérence de cette enchaînement et de la pertinence de toutes les actions intermédiaires que naît la possibilité de succès du changement organisationnel.
Contribution
L’intelligence émotionnelle
Posted by Jeremy in Ressources Humaines on 13/11/2009
Le concept d’intelligence émotionnelle est né en même temps que l’intelligence “traditionnelle”, celle de la logique et du raisonnement, a été incapable d’expliquer à elle seule les raisons du succès ou de l’échec de l’action d’une personne dans une organisation. Chacun a déjà vécu une situation ou une personne très compétente sur sa technique a subit un revers dans son travail.
C’est à D. Goleman que l’on doit l’expression d’intelligence émotionnelle (“emotionnal intelligence“) dans un livre du même nom en 1995. D’après lui, les qualités traditionnellement associées au leadership comme l’intelligence, la détermination ou la capacité à développer une vision, sont nécessaires mais non suffisantes. Il distingue cinq aptitudes supplémentaires qui différencient les vrais leaders : la conscience de soi (“self-awareness“), la maîtrise de soi (“self-regulation“), la motivation (“motivation“), l’empathie (“empathy“) et la sociabilité (“social skill“). D. Goleman analyse chacun de ses facteurs dans le contexte de l’entreprise en montrant comment ils se manifestent et comment ils peuvent apporter une valeur à l’entreprise.
Mesurer l’intelligence émotionnelle
L’auteur fonde son raisonnement sur l’analyse de 188 modèles de compétences de grandes entreprises. Il regroupe ces compétences en trois catégories : les compétences purement techniques, les compétences cognitives et enfin, les compétences faisant preuve d’intelligence émotionnelle (comme le travail de groupe). Les résultats de l’analysent tendent à prouver que l’intelligence émotionnelle est deux fois plus importante que les autres facteurs dans l’atteinte de la haute performance, et ce à tous les niveaux. L’auteur s’applique alors à détailler chacune des cinq dimensions.

1- La conscience de soi
Cette idée reprend les grandes lignes du connaît-toi toi-même socratique (et certains autres auteurs, voir par exemple P.Drucker, Managing Oneself). La conscience de soi (“self-awareness”) requiert d’acquérir une connaissance approfondie de ses émotions, forces, faiblesses, besoins et raisons d’agir. D. Goleman explique que les personnes ayant conscience d’eux-mêmes sont capables de :
- reconnaître les sentiments qui les affectent ou affectent les autres.
- se comporter honnêtement envers eux-mêmes et les autres.
- faire preuve d’auto-dérision.
- reconnaître leurs forces et leurs faiblesses.
- critiquer de manière constructive.
- se faire confiance (“self-confidence”).
- prendre des risques calculés (donc acceptables).
2- La maîtrise de soi
Les mécanismes biologiques influencent le comportement des individus. Il est impossible de s’en libérer, mais l’on peut apprendre à les réguler. D. Goleman explique que les personnes faisant preuve de maîtrise d’elles-mêmes (“self-regulation”) ressentent des baisses de moral ou des tensions émotionnelles comme tout le monde, mais arrivent à développer des stratégies et des comportements pour les contrôler et même les utiliser de manière utile. L’exemple donné par l’auteur est classique : comment un manager émotionnellement affecté par la non-atteinte des objectifs peut réagir devant ses équipes ? La maîtrise de soi plaide en faveur de l’analyse des raisons de l’échec, une formulation du problème, l’examen des options permettant de le solutionner et la décision d’un plan d’actions correctives. Il existe deux avantages à faire preuve de maîtrise de soi : cela permet de créer un environnement de confiance libéré d’une tension inutile d’une part (l’environnement d’affaires est déjà suffisamment créateur de turbulences pour ne pas en rajouter), donc de limiter les sentiments négatifs en chaîne qui se propagent dans toute l’organisation, et d’autre part de composer plus efficacement avec le changement.
Pour l’auteur, les éléments visibles de la maîtrise de soi sont la propension à la réflexion et la bienveillance (“thoughtfulness“), la capacité à accepter l’ambiguïté et le changement (“confort with ambiguity and change“) et l’intégrité qui consiste à résister à ses impulsions.
3- La motivation
Un autre trait de caractère des leaders mis en avant par D. Goleman dans cette contribution est la volonté de réussir au-delà de toutes les espérances (“achieve beyond expectations“). Les leaders potentiels sont beaucoup plus motivés par le challenge et la réalisation en elle-même que par des facteurs externes. On les reconnait à leur passion pour le travail en lui-même, leur recherche de challenge nouveaux, leur passion d’apprendre, leur satisfaction du travail bien fait et leur énergie inépuisable à améliorer les choses. Les leaders semblent ne jamais s’accommoder du status quo, questionnent en permanence la manière dont les tâches sont réalisées et sont volontaires pour développer de nouvelles méthodes ou explorer de nouveaux paradigmes.
De plus, ces personnalités cherchent systématiquement à augmenter leur exigence de performance, et sont donc moteurs de tous les projets consistant à mesurer et suivre les résultats obtenus. Elles ont également tendance à rester optimistes même quand l’environnement semble leur être défavorable. Par ailleurs, leur implication pour l’organisation est forte : il est donc indispensable de favoriser l’identification à l’entreprise de ces personnes dans la mesure ou elles ont tendance à communiquer leur soif de réussite et à inspirer les autres. D. Goleman conclut sur cette dimension que l’optimisme et l’attachement à l’organisation sont fondamentaux pour le leadership. (“optimism and organizational commitment are fundamental to leadership“).
4- L’empathie
L’empathie ne consiste pas à faire siennes les émotions ressenties par ses collaborateurs ou à chercher à contenter tout le monde. L’empathie consiste plutôt à intégrer les émotions ressenties par ses collaborateurs dans le processus décisionnel (à part égale avec d’autres facteurs). L’auteur distingue trois raisons pour lesquelles l’empathie est importante : l’augmentation croissante du travail en équipe, le multiculturalisme et la globalisation, et enfin la nécessité croissante d’attirer et de retenir les talents. L’empathie participe alors d’une capacité à agréger les individus à une organisation plus solidement que par le seul lien contractuel du contrat de travail.
5- La sociabilité
La sociabilité regroupe tout ce qui permet à un individu d’établir des connexions avec les autres. Partant du principe que rien ne peut être fait tout seul, le leader va chercher à mettre les quatre dimensions précédemment décrites (conscience et maîtrise de soi, motivation et empathie) en action afin de disposer en temps utile des soutiens dont il aura besoin pour mener à bien sa mission. Rejoignant l’idée de délégation informelle, le travail du leader est de faire en sorte qu’une partie du travail soit correctement effectuée par d’autres.
L’auteur suggère que le fait d’établir des connexions à travers l’ensemble d’une organisation, même et surtout avec des personnes qui n’ont aucun lien direct avec sa mission (personnes d’autres départements, services, niveaux hiérarchiques, personnes externes à l’entreprise) , est loin d’être une perte de temps. Il se trouvera toujours un jour ou ces liens pourront être activés et créer de la valeur.
D. Goleman conclut sur l’importance de l’intelligence émotionnelle au travail. Il examine comment cette capacité essentielle peut se développer (via le coaching et le feed-back notamment), et précise que même si cela prend du temps, le jeu en vaut la chandelle (“the benefits that come from having a well-developed emotional intelligence [...] make it worth the effort“)
Contribution
D. Goleman, Janvier 2004, What Makes a Leader, Harvard Business Review, Vol. 82, n°1, pp 82-91.
Se connaître soi-même
Posted by Jeremy in General, Ressources Humaines on 26/10/2009
Le système des relations professionnelles est en profonde mutation depuis une cinquantaine d’années, notamment du fait (est-il besoin d’y revenir) de la globalisation, de la dérèglementation, de l’accélération technologique, autre : précisez, etc. Une nouvelle catégorie de travailleurs a émergé, ceux que l’on appelle les travailleurs du savoir (ou knowledge workers). Ils se distinguent des autres car leur travail consiste fondamentalement à manier des quantités de plus en plus importantes d’informations dans un ou plusieurs champs d’expertises, et ce afin d’en effectuer une restitution à des clients (entreprises, universités, particuliers, clients internes).
L’expression de “knowledge workers” doit être attribué à P.F. Drucker à la fin des années 1950. Dans un de ses articles références (Managing Oneself), P.F. Drucker présente un certain nombre de ses convictions sur les facteurs favorisant le succès des travailleurs dans une économie du savoir. Littéralement, “Success in the knowledge economy comes to those who know themselves – their strenghts, their values, and how the best perform”. Pour lui, les travailleurs du savoir doivent devenir leurs propres chefs (“Knowledge workers must, effectively, be their own chief executive officers“) et acquérir une connaissance profonde d’eux-même.
Sa contribution est organisée autour de 5 questions fondamentales :
- Quelles sont mes forces ? (“What are my strenghts ?“)
- Comment je procède ? (“How do I perform ?“)
- Quelles sont mes valeurs ? (“What are my values ?“)
- A quel(s) monde(s) j’appartiens ? (“Where do I belong ?“)
- Que devrai-je faire ? (“What should I contribute ?“)
1. Quelles sont mes forces ?
L’auteur met en avant l’importance de l’analyse du feedback (“feedback analysis“) dans le processus de connaissance de soi : l’apprentissage se fait exclusivement par l’action dans la mesure ou l’on ne peut pas prendre de recul par rapport à soi-même. P.F. Drucker invite à se focaliser sur ses points forts et à les améliorer, et à ne pas s’enfermer dans des logiques d’ignorance qui conduisent à l’échec (le syndrome de l’ingénieur qui ne souhaite rien comprendre aux relations humaines). Il invite également à s’interroger sur les habitudes qui peuvent réduire l’efficacité du travail, ainsi que sur la courtoisie. L’analyse honnête de ses résultats devrait enfin donner des indications sur les points forts et les points faibles.
P.F. Drucker invite alors à ne s’intéresser que marginalement à ses points faibles (“One should waste as little effort as possible on improving areas of low competence“).Il s’agit à mon sens d’une erreur et ce pour deux raisons.
La première est que la combinaison de compétences qu’un individu doit mobiliser dans son travail dépend autant de ses choix que des besoins de son client : il est fortement probable que tout individu soit en défaut sur un des aspects requis, à plus forte raison dans un monde complexe. Par exemple, un directeur marketing peut demander à un chargé du marketing de faire une analyse de marché, d’écrire un rapport sur Word et d’en faire une présentation en anglais devant des managers. S’il est incapable de se servir de Word, la qualité de l’ensemble du travail peut être remise en cause : la compétence agissant comme un système, son niveau est égal à celui de son sous-ensemble le plus faible.
La deuxième raison est qu’il est plus simple de passer d’un niveau incompétent à moyen que d’atteindre l’excellence. Cette hypothèse est évidente dans le cas de l’exemple du travail sous Word. D’ailleurs, il semble que P.F. Drucker se contredit quand il affirme d’une part qu’il faut se focaliser sur ses points forts, mais qu’il faut remédier à ses mauvaises habitudes (ce qui revient à traiter ses points faibles).
2. Comment je procède ?
L’auteur invite ici à s’interroger sur la manière et distingue plusieurs dimensions :
- Quel est mon processus d’apprentissage privilégié (en faisant, écoutant, lisant, parlant, écrivant, ou un mélange de tout ceci) ?
- Est-ce que je travaille mieux seul ou en groupe (et si c’est en groupe, dans quel type de relation à l’autre : ressource, leader, subordonné ?)
- Est-ce que je produis le plus en tant que décideur ou en tant que conseiller ?
- Quelle est ma résistance au stress ?
- Suis-je le plus efficace dans une grande ou un petite organisation ?
La conclusion de cette partie est assez simple : “Do not try to change yourself – you’re unlikely to succeed” (N’essayez pas de changer votre personnalité, vous être quasiment sûr d’échouer).
3. Quelles sont mes valeurs ?
Il reste très difficile de décrire précisément ce que l’on entend par “valeurs”. L’auteur renvoie ici au “test du miroir” : chacun doit agir de la manière qui correspond à son éthique personnelle, et doit chercher à trouver une organisation et des personnes dont les valeurs sont suffisamment proches. “Ethics requires that you ask yourself, what kind of person do I want to see in the mirror in the morning ?“.
Il existe en outre potentiellement un champ de tensions entre les valeurs et les forces. P.F. Drucker cite son exemple personnel en tant qu’asset manager : “I was doing well [...] but I saw no point in being the richest man of the cemetery” (Je faisais bien mon travail mais je ne voyais aucun intérêt à devenir l’homme le plus riche du cimetière).
4. A quel(s) monde(s) j’appartiens ?
A ce stade de l’introspection, l’individu doit pouvoir se positionner ou, à défaut, savoir ou ne pas aller, et comment saisir une opportunité : “Yes, I will do that. But this is the way I should be doing it. This is the way it should be structured. This is the way the relationships should be. These are the kind of results you should expect from me, and in this time frame, because this is who I am.” (Oui, je vais le faire, mais de telle manière, dans tel cadre relationnel, avec ces objectifs, et dans ce timing, car c’est ce que je suis (capable et volontaire pour faire)).
5. Que devrai-je faire ?
Il existe trois facteurs critiques permettant d’orienter la décision :
- Que demande la situation actuelle ? (“What does the situation require ?”)
- Etant donné mes capacités, comment puis-je faire la plus grande contribution à ce qui a besoin d’être réalisé ? (“Given my strenghts, my way of performing and my values, how can I make the difference to what needs to be done ?”)
- Et finalement, quels résultats ont besoin d’être atteints pour faire une différence ? (“And finally, what results have to be achieved to make a difference ?”)
Pour P.F. Drucker, l’individu doit chercher à obtenir des résultats tangibles, porteurs de sens et de progrès, mesurables et ce dans un horizon inférieur à 18 mois. L’action commence ici : “What to do, where and how to start, and what goals and deadlines to set” (Que faire, ou et quand commencer, quels objectifs et limites de temps fixer ?).
Fin de la contribution
Dans la fin de sa contribution, l’auteur rappelle que la relation est importante et qu’autrui doit être considéré comme un individu (et traité de la sorte). La compréhension mutuelle est importante, et l’on ne devrait jamais hésiter à poser des questions et s’intéresser aux gens : c’est d’ailleurs parce que l’on ne le fait pas assez que des incompréhensions se créent. La relation de travail du XXIème siècle sera fondée sur la confiance (“Organizations are no longer built on force but on trust“). Enfin, la période de travail s’étant considérablement allongé, P.F. Drucker rappelle l’importance de gérer sa reconversion de “seconde moitié de vie”, une fois que l’on a atteint un degré d’expertise sur son emploi.
“It is the minority, the men and the women who see a long working life expectancy as an opportunity both for themselves and for society, who will become leaders and models” (C’est la minorité d’hommes et de femmes qui verront la longue espérance de vie au travail comme une opportunité à la fois pour eux et pour la société qui deviendront des leaders et des modèles).
“Managing oneself demands that each knowledge worker think and behave like a chief executive officer (CEO)” (Se gérer soi-même requiert de la part de chaque travailleur du savoir de penser et de se comporter comme un président directeur général (PDG)).
Contribution
P.F. Drucker, Mars-Avril 1999, Managing Oneself, Harvard Business Review, Vol.77, n°2, pp 64-75.
Pratiques de GRH
Posted by Jeremy in Organisation, Ressources Humaines on 02/10/2009
Une certaine irrégularité dans les posts, signe d’une reprise assez raide du travail ! Je vous propose une petite synthèse d’un papier de F. Pichault et J. Nizet sur les liens existants entre les pratiques de GRH et les configurations organisationnelles de Mintzberg.
La fiche de poste
Posted by Jeremy in Organisation, Ressources Humaines on 20/08/2009
La fiche de poste est un des outils primordiaux de l’entreprise. A cheval entre l’organisation et les ressources humaines, elle a vocation à répondre à deux besoins : délimiter pour chaque individu le champ de ses responsabilités, des attentes (livrables, attitudes) et de ce qui sera évalué (notamment lors de l’entretien annuel) d’une part, et d’autre part permettre de communiquer sur le positionnement de chacun dans le processus de création de valeur (et donc de légitimer chacun sur sa fonction).
Comme dans tout domaine de l’organisation, l’entreprise (surtout de petite taille) construit souvent ses premiers outils de pilotage ex nihilo. Si l’on sait pourquoi l’on souhaite disposer de fiches de postes et que notre ami Google peut nous donner assez rapidement des modèles, force est de constater que dans la pratique, leur conception et leur utilisation se révèle complexe. Voici une méthodologie et des conseils pour créer des fiches de postes adéquates.
La méthodologie
Comme tout outil, la fiche de poste a un ou plusieurs objectifs. Il convient de les identifier et de les hiérarchiser. La fiche de poste est-elle principalement un outil de communication et de clarification entre un collaborateur et son supérieur hiérarchique ? Sera-t-elle communiquée à d’autres personnes ? Les postes sont-ils susceptibles d’évoluer rapidement, sont-ils mouvants ?
Les éléments constitutifs d’une fiche de poste sont les suivants :
- L’intitulé du poste
- Les éléments d’identification (nom, prénom, ancienneté, etc.)
- La situation du poste (localisation, position dans l’organigramme)
- La finalité du poste (pourquoi existe-t-il, à quel besoin répond-il ?)
- Le contexte (dépendances hiérarchiques, conditions de travail particulières, contexte règlementaire)
- Les missions (principales)
- Les activités
- Les compétences requises (savoirs, savoir-faire et attitudes)
Il s’agit ensuite de rédiger une ébauche et de la finaliser avec le collaborateur.
Quelques conseils
- Juridiquement, la fiche de poste ne devrait pas sortir du cadre du pouvoir décisionnaire de l’employeur. En cas de modification d’éléments essentiels du contrat de travail (prime sur atteinte d’objectifs, modification des conditions de travail, du grade, ou autre), la fiche de poste pourra être considéré comme un avenant au contrat de travail opposable devant un tribunal. Il s’agit alors d’éviter toute référence à une quelconque rémunération et de se contenter de décrire le poste.
- La concision est un atout de communication. En dehors de postes spéciaux (notamment techniques), une fiche de poste devrait pouvoir tenir sur un format A4 recto verso.
- La fiche de poste ne doit pas être un outil figé. Elle doit être rediscutée tous les ans lors de l’entretien annuel pour s’assurer de sa pertinence.
Professionnaliser – Le Modèle de la navigation professionnelle
Posted by Jeremy in Ressources Humaines on 15/08/2009

Avis
Le professionnel peut se définir comme étant une personne capable de répéter un ensemble de tâches ou d’actions avec le même niveau de performance dans une situation donnée. Il est capable d’agir avec pertinence in situ, même si le contexte se complexifie ou devient totalement original et imprévisible. En cela, il donne confiance aux différents intervenants (collaborateurs, clients, fournisseurs) qui travaillent avec lui et améliore la performance globale de l’organisation. Mieux, en assurant un niveau constant de performance, il permet d’offrir des biens et services stables à ses clients. L’ouvrage de Guy Le Boterf explicite les notions liées au professionnalisme et donne des clés pour atteindre l’objectif de professionnalisation.
4ème de couverture
L’exigence de professionnalisme est aujourd’hui omniprésente : les employeurs veulent pouvoir compter sur des professionnels, les clients exigent d’avoir affaire à des “pros”, les agences d’intérim recherchent des professionnels, des encarts publicitaires s’engagent sur un service professionnel 7 jours sur 7, les demandeurs d’emploi veulent argumenter sur leur employabilité, les salariés cherchent à valider les acquis de leur expérience professionnelle, les universités mettent en avant leurs filières de professionnalisation, les pouvoirs publics et les partenaires sociaux ont engagé une réforme en profondeur de la formation professionnelle…
Ce contexte est à l’origine des questions que Guy Le Boterf traite dans ce nouvel ouvrage :
- Pourquoi cet intérêt croissant pour la professionnalisation et le professionnalisme ?
- Pourquoi cet effacement progressif de la référence à l’ouvrier qualifié ou à l’homme de métier au profit de celle du professionnel ? Suffi t-il de bien posséder un métier pour être reconnu comme un bon professionnel ?
- À quoi reconnaîtra-t-on aujourd’hui qu’un professionnel est compétent ? Quel type de professionnel s’agit-il de former ?
- Comment s’y prendre pour professionnaliser ?
- Comment élaborer et mettre en oeuvre des parcours personnalisés de professionnalisation ?
Cet ouvrage propose une conception des dispositifs de professionnalisation inspirée de ce que Guy Le Boterf appelle le modèle de la navigation professionnelle : les parcours de professionnalisation peuvent être élaborés et réalisés selon les mêmes principes que ceux qui s’appliquent aux parcours de navigation. Des conséquences très pratiques découlent de ce modèle.
Caractéristiques
- Titre : Professionnaliser
- Sous-titre : Le modèle de la navigation professionnelle
- Éditeur : Editions d’Organisation
- Collection : Ressources humaines
- Parution : Octobre 2006
- Édition : 5ème édition
- Support : aucun
- Nb de pages : 144
- Format : 15 x 22,5
- Couverture : Broché
- Poids : 215 g
- Intérieur : Noir et Blanc
- ISBN10 : 2-7081-3750-6
- ISBN13 : 978-2-7081-3750-9
- EAN13 : 9782708137509
Sommaire
Fiche de l’ouvrage sur le site de l’éditeur
http://www.editions-organisation.com/Livre/9782708137509/professionnaliser
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Extraits
Le site de l’auteur
http://www.guyleboterf-conseil.com/