La discipline de l’innovation
Il peut paraître assez surprenant (voire totalement incongru) de mettre en parallèle deux termes à priori aussi peu disposés à communiquer, à savoir innovation et discipline. Dans notre imaginaire, la discipline a beaucoup plus à voir avec la logique de processus normalisés inscrit dans une production de type industriel, alors que l’innovation serait le fait de la créativité, du hasard, de l’imprévu.
Pourtant un auteur l’a fait, et comme cet auteur s’appelle Peter F. Drucker, on est forcément amené à considérer le contenu du propos. Pour lui, l’innovation dans le business est plus souvent le fait d’une méthode que du hasard (ou de la saisie d’opportunités). Il postule que les entreprises qui réussissent le pari de l’innovation analysent méthodiquement sept champs d’opportunités (“areas of opportunity“) :
- Les applications non prévues des produits (“unexpected occurrences“).
- L’exploitation de paradoxes (“incongruities“).
- La réponse à un besoin procédural (“process needs“).
- Les changements de structure de l’industrie ou des marchés (“industry and market changes“).
- Les changements démographiques (“demographic changes“).
- Les changements de perception des individus (“changes in perception“).
- L’exploitation de nouveaux savoirs (“new knowledges“).
P.F. Drucker exprime ensuite sa vision de l’innovation et les caractéristiques qu’elle doit revêtir. Elle doit analyser ces sept champs d’opportunités en hiérarchisant leur importance pour les produits et les marchés de l’entreprise, elle doit prendre en compte son aspect social (l’innovateur doit écouter et comprendre le monde dans lequel il évolue), elle doit être simple et orientée vers la réponse à un besoin et commencer modestement. Et l’innovateur ne doit pas oublier qu’avant le génie, il y a le travail.
Contribution
Drucker, P.F., (2002), ‘The Discipline of Innovation’, Harvard Business Review, 4(4), pp 95-102.
April 15th, 2011 at 11:38
[...] Il peut paraître contre-intuitif de donner des méthodes de créativité pour encourager la régénération d’un champ théorique, mais il se pourrait que la théorie des organisations soit confrontée à un problème similaire rencontré par son objet dans le domaine de l’innovation : à un certain point, l’innovation incrémentale ne permet plus de répondre à ses besoins et il faut envisager la création de l’innovation de rupture, ou encourir le risque de la disqualification. Il est important que les théoriciens de l’épistémologie apportent ces éclairages, qui ne sont d’ailleurs pas sans rappeler d’autres types de contributions très similaire dans le fond sur l’idée d’une discipline de l’innovation (voir à ce sujet Drucker, P.F., ‘The Discipline of Innovation’) [...]